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Guillaume Duval, éditorialiste au magazine Alternatives Économiques, membre du CESE

jeudi 23 août 2018 par FSUadmin

Suite à votre rapport, que préconisez-vous ?
Nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire pour diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 sans parler d’atteindre la « neutralité carbone » comme le voudrait désormais Nicolas Hulot.
La France est le second pays le plus en retard en Europe en termes de production d’énergies renouvelables. Le montant des investissements dans la transition énergétique est de 30 milliards d’Euros chaque année, alors qu’il en faudrait 60 ! Notamment pour financer la rénovation énergétique des bâtiments. Enfin, on a misé sur les collectivités locales pour mettre en oeuvre les actions nécessaires mais le pilotage national est défaillant.

Quelles sont les limites de cette loi ?
D’abord l’absence d’un volet alimentation et agriculture. Ce secteur pèse peu d’un point de vue strictement énergétique mais il est à l’origine de 30 % des émissions de gaz à effet de serre. Les récents États généraux de l’alimentation sont une occasion manquée, car ils ont laissé de côté la question des modes de production et de consommation. Deuxième point problématique : la trop forte dimension « tout électrique » présente dans ce texte pour la mobilité. L’usage du gaz naturel mais aussi éventuellement de l’hydrogène pour les transports de fret devrait être étudié plus sérieusement.
Troisième sujet : seules les émissions de gaz à effet de serre dites « territoriales », sont prises en compte ce qui exclut celles engendrées par l’importation de nombreux biens, ce qu’on appelle « l’empreinte carbone » des Français.
Dernier problème : il n’y a pas suffisamment d’articulation avec les autres thématiques environnementales. Si l’on n’est pas vigilant, on peut faire par exemple de gros dégâts en matière de biodiversité en développant des agrocarburants
utiles à la transition énergétique.

Le gouvernement a créé un ministère de la transition écologique et solidaire. Sa politique va-t-elle dans le bon sens ?
C’est une bonne dénomination. Ce ministère, confié à une personnalité reconnue, était une bonne idée dans le principe. Une chose importante a été actée, car les objectifs de Nicolas Hulot concordaient avec ceux de Bercy : la hausse sensible des
taxes carbone sur l’énergie. Si le prix du pétrole continue à augmenter, on verra cependant si le gouvernement maintient ce cap. Mais sur quasiment tout le reste, questions agricoles, glyphosates, chimie, c’est peu concluant. Concernant la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), il n’est pas sûr qu’elle débouche sur une véritable réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique.

L’action publique en faveur de la transition écologique peut-elle se penser uniquement à l’échelon national ?
Les niveaux local et régional sont essentiels, et ce n’est pas qu’une question de technique mais surtout d’appropriation sur le terrain par les acteurs, les citoyens. Malheureusement, la volonté de serrer la vis budgétaire des collectivités
locales risque d’entraver le développement des transports collectifs, la rénovation des bâtiments et des logements. L’une des préconisations de notre rapport, c’est d’assurer des moyens pérennes aux collectivités territoriales en fléchant vers elles
une partie de la taxe carbone.
Autre problème, les gestionnaires de réseau, notamment dans le secteur de ’électricité, freinent le déploiement des renouvelables : les délais de raccordement sont trop longs et les coûts trop élevés. Il faut redonner aux collectivités territoriales
un poids beaucoup plus important dans la gestion de la distribution et les autoriser éventuellement à la reprendre en régie.
Il faut aussi que beaucoup plus de projets soient portés par les citoyens et les collectivités locales, comme c’est le cas en Allemagne. Nous proposons qu’au moins 15 % de projets d’énergies renouvelables soient mis en oeuvre par des collectifs de
citoyens.
L’échelon européen est lui aussi central, mais là aussi, l’austérité est un frein : on met 2 fois moins d’argent dans l’UE pour les énergies renouvelables aujourd’hui qu’en 2011. Cela pourrait être un des principaux moteurs de la relance de l’intégration européenne. La Grèce reçoit 1,5 fois plus de soleil que l’Allemagne,
mais elle produit 50 fois moins d’électricité photovoltaïque ! À l’échelle de l’UE, il faudrait prévoir des taxes carbone à la frontière pour éviter les délocalisations. Sous
certaines conditions, il faudrait également sortir les investissements en faveur de la lutte contre le changement climatique des règles de Maastricht, qui sont sur ce plan un obstacle non négligeable à lever.

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