portraits, interviews

Françoise Lorcerie, directrice recherche au CNRS

samedi 03 février 2018

Comment promouvoir la laïcité aujourd’hui ?
Ce n’est pas la même chose selon qu’on pense au principe en général ou au rôle spécifique de l’École à cet égard.
D’une façon générale, l’État doit avoir un discours clair sur le principe, un discours adossé aux droits, aux libertés, qui fait place à l’altérité. Quant au ministère de l’Éducation, il a en outre une mission éducative sur la laïcité. Il s’agit non seulement de faire connaître le principe, mais de le faire aimer, autrement dit de faire sentir sa valeur. La Ligue de l’enseignement s’y est attelée depuis 30 ans. Il serait judicieux
de s’emparer de ses travaux (on peut voir son site).

Le Conseil des sages peut-il avoir un rôle dans cet objectif ?
La question se pose. Les conflits sous-jacents semblent aigus. À preuve, la composition du Conseil n’est pas encore arrêtée alors que sa présidente a été désignée mi-décembre. Ce conseil a été présenté comme une instance qui traiterait du quotidien des problèmes de laïcité à l’école. En avions-nous besoin ? À l’école, le quotidien est traité par la pédagogie, et de plus il y a des référents laïcité à tous les niveaux.
Mais peut-être ce conseil pourrait-il expliciter la philosophie de la laïcité. Comment vivre en commun en ayant de la considération les uns pour les autres ? L’Observatoire de la laïcité, lui, reste adossé au droit. Leurs rôles seraient alors
complémentaires.

La question des mères voilées en sorties scolaires relance-t-elle le débat ?
Le président Macron a amorcé un discours inclusif sur les questions de laïcité et de religion en France, mais ce discours n’est pas encore calé pour faire référence. Les déclarations récentes du ministre de l’Éducation sur les mères voilées qui accompagnent les sorties le montrent, et elles constituent un mauvais message envoyé aux associations de parents, ainsi qu’aux personnels. Cela crée de la confusion dans les écoles et autour, cela accroît la crispation à l’égard des signes d’islam dans la vie sociale. Alors que la ministre précédente cherchait à apaiser en mettant l’accent sur le geste professionnel, cela risque de renouer avec un débat clivant.