Pour commencer, nous réjouissons du retour sain et sauf de Cécile Kohler et Jacques Paris, c’est un grand soulagement pour toute la communauté éducative.

Ces derniers jours ont été marqués par des faits graves dans des établissements scolaires. La FSU apporte tout son soutien au collègue du lycée Jules Guesde, à Montpellier, qui a été frappé par des élèves. Cette agression est inadmissible. Les personnels doivent être soutenus, pouvoir exercer leur métier en sécurité et en toute sérénité. Nous dénonçons l’utilisation et l’instrumentalisation de vidéos tronquées ainsi que les prises de parole provocatrices. Hier, les personnels du lycée ont fait valoir l’urgence de moyens humains supplémentaires. Une réponse satisfaisante doit leur être apportée rapidement. La FSU a également une pensée pour l’élève du lycée d’Ancenis, en Loire-Atlantique, agressée au couteau par un de ses camarades. Les premiers éléments de l’enquête mettent en avant les fragilités psychologiques de l’élève auteur du coup de couteau, confirmant l’enjeu, toujours non résolu, de la santé mentale des jeunes.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran puis israéliennes contre le Liban, constitue une tragédie humaine majeure. Parallèlement au drame humain, les conséquences économiques sont déjà visibles à l’échelle mondiale, en particulier sur les prix de l’énergie. Un courrier intersyndical a été adressé à monsieur le ministre de l’Éducation nationale pour que des mesures d’urgence soient prises comme l’injection de points dans les grilles pour toutes les catégories, le dégel du point d’indice ainsi qu’une augmentation immédiate du montant de l’Indemnité de Sujétion Spéciale de Remplacement (ISSR) et des frais de déplacements. Les traitements indiciaires des agent·es ont perdu près d’un quart de leur valeur en euros constants en vingt-cinq ans. Dans ce contexte inflationniste, les personnels se retrouvent en difficulté financière simplement pour aller travailler, en particulier les personnels les plus mal rémunéré·s ou contraint·es par l’organisation de leur travail : AED, AESH, titulaires remplaçant·es, personnels sociaux et de santé, non titulaires, personnels en service partagé… Cette crise confirme qu’il est plus que temps d’accélérer la décarbonation de nos sociétés et la transition vers des énergies renouvelables. Nous vous alertons aussi une nouvelle fois sur les difficultés pour bon nombre de nos collègues à percevoir les frais de déplacement qui leur sont dus.

Les questions salariales sont le premier frein à l’attractivité du métier, mais il est clairement établi que les conditions de travail qui se sont fortement dégradées pèsent lourd dans le choix des étudiant·es de passer, ou non, les concours de la fonction publique et de l’éducation nationale en particulier. Ces conditions dégradées sont déterminantes dans les arrêts maladie des collègues à bout, ou dans les demandes de démission ou rupture conventionnelle. Que répond le gouvernement ? Il décide de supprimer 4000 postes d’enseignants, sans créer d’emplois de CPE alors même qu’il n’a que le mot climat scolaire à la bouche. Le ministre brandit l’argument de la démographie, dramatisant aux yeux de l’opinion publique les millions d’élèves en moins dans les années à venir. Il ne s’agit pas de nier cette baisse démographique, mais bien de poser le sujet dans sa globalité. La démographie ne peut être un alibi pour une loi de programmation pluriannuelle de suppressions d’emplois alors que nous avons les classes les plus chargées d’Europe. Il faut donc envisager l’avenir en prenant en compte la réalité des conditions d’enseignement aujourd’hui, la réalité de nos métiers plus difficile qu’il y a 20 ans, les élèves qui ont changé et qui doivent grandir dans un monde plus complexe. Avoir plus d’adultes formés dans les écoles et établissements pour travailler dans des classes moins chargées, prendre en charge enfin efficacement la grande difficulté scolaire et le handicap, reconstituer les RASED, reconstruire le remplacement… voilà ce qui devrait guider l’action politique. Notons au passage que le ministre se garde bien d’évoquer la démographie du côté des personnels et d’ouvrir le chantier de l’aménagement des fins de carrière…

Les suppressions de moyens entraînent des fermetures de classes, des suppressions d’options, de dispositifs de soutien, de dédoublements… ce qui contribue à dégrader les conditions de travail des personnels et d’études des élèves. Ces annonces ont déclenché de nombreuses mobilisations dans les écoles et les établissements scolaires depuis de nombreuses semaines et particulièrement pendant la semaine d’action de l’intersyndicale FSU, UNSA Éducation, CFDT, CGT Éduc’action et SUD Éducation. Les collègues saturent et se sentent coupables de ne pas réussir à faire correctement leur travail alors que se multiplient les injonctions contradictoires (faire plus avec moins) et les pressions de plus en plus importantes pour prendre des HSA, pour remplacer, et des collègues se voient opposer des fins de non-recevoir pour des demandes de temps partiel. Malgré de nombreux signaux d’alerte, le ministère maintient son pilotage par les résultats aux évaluations nationales, imposant une organisation et un management qui ne répondent pas aux besoins réels des élèves et contribuent à détériorer la confiance des personnels envers le système et la hiérarchie. L’Éducation nationale n’est pas un jeu, il ne s’agit pas de chercher les chocolats dans un jardin !

Il y a presque un an était publié le décret du 17 avril 2025 modifiant les conditions de recrutement et de formation des corps enseignants, du personnel d’éducation et des maîtres de l’enseignement privé sous contrat du ministère chargé de l’éducation nationale. Ce décret, voté à la hâte, dans un contexte complexe, contre l’avis d’une partie des organisations syndicales, modifiait profondément la formation des enseignants et personnels d’éducation. Depuis, malgré de nombreuses discussions et quelques améliorations permises grâce aux interventions des organisations syndicales, de nombreuses failles persistent et risquent de renforcer la crise d’attractivité des métiers d’enseignant·es et des personnels d’éducation. Pour la FSU, il est primordial de revenir sur le statut de la première année d’élève fonctionnaire, les dérogations au décret de 1994, le niveau de rémunération, et d’envisager des aides aux frais de déplacement à la hauteur des enjeux pour les personnels et pour l’école.

La FSU rappelle son exigence de création d’un statut d’AESH alors que même la DEPP en reconnaît le rôle essentiel. À ce jour, 14 avril, nous n’avons toujours pas reçu le calendrier des discussions sur le statut d’AESH qui devaient commencer en mars. Au regard des enjeux pour les personnels et pour la jeunesse, il est encore temps d’envisager l’avenir autrement et de revenir sur les suppressions de postes prévues au budget 2026 et de préparer un budget 2027 qui conforte le service public d’Éducation avec des créations d’emplois et des revalorisations salariales. Cette décision serait courageuse, légitime et cohérente et non suicidaire comme l’a prétendu monsieur le ministre.

Pour venir compléter ce tableau, plutôt que d’améliorer les conditions de travail pour réduire les arrêts maladie, après la journée de carence, les 10 % en moins en cas d’arrêt maladie, le gouvernement a décidé d’attaquer certains droits des fonctionnaires concernant le temps partiel thérapeutique ou encore certains droits à autorisation d’absence. Ces projets ont recueilli l’unanimité des avis des organisations syndicales contre eux tant ils sont des reculs pour nos professions et qu’ils ne prennent pas en compte le sens de la fonction publique, son organisation du travail. La FSU rappelle aussi ici que ces projets vont à rebours des campagnes sur l’égalité femmes-hommes. Dans nos professions féminisées, ils sont des attaques directes envers la santé physique et mentale des femmes. Toutes ces mesures vont à l’encontre de tous les discours : elles ne sont qu’atteintes aux droits, dégradation des conditions de travail et augmentation des inégalités. Sur les atteintes aux droits, la FSU rappelle que le vademecum dialogue social n’a toujours pas été validé ; celui-ci comporte pourtant des éléments essentiels concernant le droit syndical et serait nécessaire à quelques académies qui y font obstruction.

Le gouvernement vit dans un monde parallèle et détruit toujours un peu plus les services publics et la fonction publique, pourtant considérés comme des remparts aux inégalités. Les choix budgétaires restrictifs du gouvernement touchent aussi le monde associatif et prouvent une fois encore l’acharnement à vouloir casser les solidarités, notamment celles qui visent à contrecarrer les inégalités sociales, en particulier pour la jeunesse. En matière de monde parallèle, le ministère de l’Éducation nationale n’est pas en reste. D’un côté, une éducation prioritaire malmenée et laissée à l’abandon depuis 10 ans, des collèges dits en progrès qui n’ont pas reçu véritablement de moyens pour faire face à la difficulté scolaire, de nombreux établissements et écoles au bord de l’asphyxie et… le ministre sort de son chapeau… un concours général des collèges. Il fait donc le choix de l’élitisme et de l’entre-soi plutôt que la réussite de toutes et tous.

Nous ne pouvons pas ne pas revenir sur un épisode marquant de ces dernières semaines : le piratage de millions de données concernant plus de 240 000 agent·es de l’éducation nationale. Depuis hier, de nouvelles informations inquiétantes circulent sur le vol de données de 3,5 millions d’élèves : qu’en est-il exactement ? Après la cyberattaque dont avaient été victimes les lycées des Hauts-de-France, ces différentes attaques interrogent le système de protection des données au sein de notre ministère. Il doit se doter d’un plan d’accompagnement des personnels en cas de fuite de données comme celle qui vient de se dérouler : le message du ministère aux agents concernés ne contenait aucune information sur leurs droits et leur protection ! Le ministère doit cesser de faire du numérique l’alpha et l’oméga du système éducatif sans en avoir mesuré l’ensemble des contours.

Après 3 jours sous tension, la mobilisation de l’intersyndicale aura poussé le gouvernement à reculer et à ne pas convoquer la commission mixte paritaire sur le projet de loi concernant le travail le 1er mai. La FSU considère que c’est une première étape avant le retrait et continue de dénoncer cette proposition qui vise à remettre en cause le caractère chômé du 1er mai. Pour la FSU, le gouvernement continue de vouloir attaquer un acquis des luttes relevant du progrès social. Pour la FSU, les véritables urgences ne sont pas de faire travailler plus de monde le 1er mai, mais bien les salaires, ce que le gouvernement refuse toujours d’entendre. La proposition de David Amiel, hier, lors d’un groupe de travail fonction publique, qui consiste à enjamber l’année 2026 en refusant toute mesure immédiate de revalorisation est scandaleuse. La FSU n’en restera pas là. La FSU appelle à faire du 1er mai une grande journée de mobilisation pour la paix, les droits des travailleuses et des travailleurs et leurs salaires.