M le Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil supérieur de l’éducation,

La cinquième Conférence Nationale du Handicap se tiendra prochainement sous l’autorité du Président de la République afin de définir les grandes orientations de la politique du handicap pour les prochaines années. Les organisations syndicales représentatives n’y sont pas invitées alors qu’elles défendent le droit des personnels en situation de handicap et qu’un des axes concerne directement l’école inclusive. Cette exclusion est incompréhensible.

Car les personnels ont beaucoup à dire sur la réalité de l’école inclusive. La consultation, lancée par la FSU-SNUipp au printemps 2025 et à laquelle plus de 67 000 personnels ont répondu, a mis en évidence un constat largement partagé : vingt ans après la loi de 2005, l’école inclusive reste une promesse inachevée. Depuis plusieurs années, le nombre d’élèves à besoins éducatifs particuliers scolarisés dans les écoles et établissements augmente fortement. Cette évolution exige des moyens humains, des formations adaptées, des dispositifs renforcés et des conditions de travail permettant réellement l’accompagnement des élèves. Or, sur le terrain, les personnels constatent chaque jour l’écart grandissant entre les annonces ministérielles et la réalité vécue dans les classes.

Dans le premier degré se conjuguent la dégradation des conditions d’exercice des métiers de l’inclusion et de l’adaptation, et des classes surchargées, sous pression des évaluations et des fondamentaux. Les enseignant·es, contraint·es par des programmes hyper-normatifs, n’ont pas le temps ou la possibilité matérielle de partir des besoins des élèves. Les RASED, acteur majeur de l’adaptation et de la prévention ont été démantelés ces 15 dernières années. Les AESH subissent la précarité, des conditions d’exercice dégradées de leur métier et ne sont pas remplacées en cas d’absence. Les Établissements, le service social ou médico-social subissent un sous-investissement délétère. De fait, les notifications d’accompagnement restent trop souvent sans réponse. Les psychologues de l’Éducation nationale, les enseignant·es spécialisé·es, les personnels sociaux et de santé manquent cruellement. Les logiques de mutualisation et les suppressions de postes ont considérablement affaibli les capacités de prévention, de suivi et d’accompagnement.

Dans le second degré, les équipes pédagogiques doivent gérer des besoins de plus en plus diversifiés sans moyens supplémentaires, dans des classes aux effectifs souvent trop élevés. L’absence de temps institutionnalisés de concertation et de coordination complique fortement la mise en œuvre des adaptations pédagogiques nécessaires.

Affectées dans les établissements scolaires au service des élèves, les infirmières ont un rôle spécifique et quotidien dans l’inclusion scolaire, trop souvent occulté. L’augmentation du nombre d’élèves en situation de handicap dans l’école nécessite d’accentuer les efforts de création d’emplois infirmiers. Alors qu’on fête les un an de l’inscription dans la loi de la spécialité infirmière de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, il est incompréhensible qu’aucun travaux associant les organisations syndicales représentatives n’aient été véritablement engagés. La FSU vous interpelle sur la nécessité de se saisir de la spécialité.

La FSU met en garde sur le concept « d’accessibilité pédagogique » dans le contexte actuel du manque de moyens et d’AESH. Il s’agirait finalement de transférer aux professeur·es la responsabilité d’un accueil adapté de jeunes en situation de handicap dans des classes déjà surchargées où la gestion du quotidien exige une adaptation pédagogique de chaque instant. Il y a un risque sur la santé des personnels, des personnels déjà épuisés par la charge de travail.

La situation dans les lycées professionnels nous inquiète particulièrement. Les élèves à besoins particuliers y sont nombreux souvent confronté·es à des difficultés scolaires, sociales et psychologiques importantes notamment dans certaines formations de CAP. Or les réformes successives de la voie professionnelle ont fragilisé les conditions d’accompagnement et fortement détérioré les conditions de travail des personnels : diminution des heures d’enseignement, réduction des temps collectifs, difficultés accrues d’accompagnement des périodes de formation en milieu professionnel.  L’inclusion en lycée professionnel nécessite pourtant des moyens spécifiques : effectifs réduits, temps de concertation en équipes pluri-professionnelles, accompagnement renforcé des PFMP, adaptation des plateaux techniques et présence accrue des personnels médico-sociaux.

Les dispositifs ULIS sont saturés, tandis que les PIAL puis les PAS ont surtout organisé la gestion de la pénurie et la mutualisation des moyens. Le récent rapport conjoint de l’IGAS et de l’IGESR confirme l’ampleur de la crise actuelle. Il souligne les limites d’un modèle reposant essentiellement sur la compensation individuelle et pointe les besoins urgents en matière d’accessibilité pédagogique, de formation et de travail collectif. La FSU partage la nécessité de transformer l’école pour mieux prendre en compte la diversité des élèves. Mais cette évolution ne peut servir de prétexte à remettre en cause l’accompagnement humain ni à maintenir les AESH dans la précarité. Aujourd’hui, les AESH représentent le deuxième métier de l’Éducation nationale en nombre de personnels. Pourtant, elles et ils continuent de subir des temps incomplets imposés, des salaires insuffisants et des conditions de travail dégradées. Le ministère a ouvert, sous la pression des organisations syndicales, un cycle de concertations pour la création d’un corps de fonctionnaire d’AESH mais il n’y a, à ce jour, aucune garantie sur l’arbitrage gouvernemental. Par ailleurs, la « fonctionnarisation » serait limitée à une minorité d’AESH, on parle de 20 % des collègues ! Pour la FSU, tout cela est inacceptable. L’accompagnement des élèves en situation de handicap constitue une mission pérenne du service public d’éducation. Elle nécessite des personnels formés, reconnus et stabilisés.

La FSU rappelle ses revendications :

– la création immédiate d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour toutes et tous les AESH
– un temps complet sur la base des missions réellement exercées
– une revalorisation salariale significative
– la reconnaissance pleine et entière des qualifications et compétences professionnelles des AESH
– une formation initiale et continue de qualité
– l’abandon des logiques de mutualisation déshumanisées
– des recrutements massifs à hauteur des besoins

La FSU rappelle qu’une école inclusive digne de ce nom ne peut être pensée à moyens constants. Elle suppose :

– des effectifs allégés dans les classes
– des personnels formés et en nombre suffisant
– des AESH reconnu·es et correctement rémunéré·es
– des temps de concertation institutionnalisés
– des équipes pluriprofessionnelles complètes avec la création d’un service social spécifique pour le 1er degré
– des RASED renforcés
– des dispositifs ULIS dotés des moyens nécessaires
– le maintien et le développement des structures spécialisées et médico-sociales
– une véritable coopération entre l’Éducation nationale, les Établissements, le service social ou médico-social et les collectivités territoriales

La FSU avec l’intersyndicale appelle à une grève le 9 juin pour la création d’un statut d’AESH et des moyens pour l’École inclusive. L’école inclusive ne peut se construire à moyens constants ni sur la précarité des personnels. La FSU demande un véritable plan d’urgence pour l’école inclusive, construit avec les personnels, les familles et les organisations syndicales. Il est urgent d’écouter enfin celles et ceux qui font vivre l’école inclusive au quotidien.