Monsieur le ministre, mesdames et messieurs les membres du CSA ministériel,
S’il n’est pas question ici de refaire les discussions de trois réunions consacrées à la gestion de la canicule la semaine dernière, il nous semble important d’y consacrer quelques minutes. Le manque d’anticipation du ministère et du gouvernement de manière générale est avéré, sinon comment expliquer les 10 jours que nous venons de vivre, et la période du mois de mai où le bricolage est devenu la règle. Rien n’était prêt. Pendant ces jours, qui, sans jouer les ventilateurs à angoisse, vont devenir la norme, vu les trajectoires du réchauffement climatique, ce sont une nouvelle fois, les personnels qui ont tenu seuls, le fonctionnement du service public d’Education. L’institution s’est appuyée une nouvelle fois exclusivement sur l’engagement des personnels, leur attachement au service public et aux élèves, pour faire fonctionner les écoles, les collèges et les lycées. En période de Covid, de suppressions de postes, de vague de froid ou de chaleur, c’est toujours le même refrain : saluer l’investissement, sans compter, des personnels, qui pallient ainsi les carences et même les défaillances de l’Etat. Appeler à l’engagement individuel pour pallier une carence collective, sans tenir compte des conditions matérielles de vie des personnels, revient à transformer une inégalité sociale en exigence morale. C’est faire comme si toutes et tous disposaient de la même capacité à “tenir”, alors que certaines et certains subissent déjà la chaleur dans des logements exigus, mal isolés, sans possibilité réelle de récupération. Dans ces conditions, l’appel au dévouement peut devenir une injustice supplémentaire. Il y a même là, une forme de cynisme, qui petit à petit, vient agrandir le fossé entre le personnels et l’institution.
A notre appel et celui de l’intersyndicale, les personnels se sont largement saisis de certains outils mis à leur disposition pour alerter sur les conditions de travail. Rien que pour les fiches SST : 1200 en Normandie en 4 jours, 507 en Bretagne en 3 jours, au moins 500 à Bordeaux jeudi soir… ce sont des milliers de collègues qui ont alerté. Nous avons reçu aussi tous les jours des témoignages de collègues annonçant des malaises des adultes et des élèves, vu le nombre de consultations infirmières exploser, les pompiers ou le SAMU venir en urgence sur les lieux de travail. Alors plutôt que de commenter le jeu de ping-pong entre les collectivités et l’État sur le bâti scolaire, plutôt que de s’extasier sur l’imagination sans limite qui a conduit à faire passer des oraux dans les loges d’un stade de foot ou un parking, nous vous rappelons solennellement que, l’employeur, donc le ministère, est responsable de la santé et de la sécurité des personnels. Et qu’ils ont été mis en danger la semaine dernière car l’État employeur a failli.
En matière de bâti scolaire, nous actons les premières décisions prises en urgence, résultats de l’action syndicale même si manifestement, EDF arrive à être plus réactif qu’un gouvernement. A ce titre, les 80 millions d’euros annoncés pour équiper établissements scolaires, écoles crèches et centres de loisirs « en systèmes de rafraîchissement » ne suffiront pas. Il faudra plus en matière de rénovation du bâti, en incluant les DROM. En matière budgétaire, c’est bien par un plan de financement mobilisant État et des collectivités territoriales que les choses avanceront. Le Fonds vert doit cesser d’être la variable d’ajustement des coupes ou gel de crédits, synonymes de renoncements gouvernementaux. Des collèges et lycées ont dû engager des dépenses exceptionnelles face à l’incurie des autorités : nous demandons que des crédits ministériels soient débloqués très rapidement pour compenser ces dépenses.
Des jeunes, pour certains en âge d’être nos élèves sont morts noyés. La FSU alerte depuis de nombreuses années et que le ministère affiche le savoir nager comme une priorité, combien de noyades faudra-t-il encore pour qu’enfin des moyens soient accordés pour répondre à cette priorité, alors que les épisodes caniculaires se multiplient ?
Cela fait au moins deux ans que nous demandons des épreuves d’examens le matin. Les choses ont avancé trop doucement. Le principe est désormais posé. Des discussions vont s’ouvrir. Il faudra conforter les épreuves terminales et nationales, en ayant aussi une réflexion sur la souplesse du calendrier pour avoir des marges de manœuvres sur le report de quelques jours. Réfléchir plus largement sur l’organisation de l’École en période de réchauffement climatique est nécessaire (même si nous espérons ne plus vous entendre vous, ou un de vos collègues décréter qu’il est possible de raccourcir les vacances d’été) : cadre de décision global et non un renvoi au local et au cas par cas, ASA pour personnels vulnérables en période de canicule, travail avec les employeurs privés sur la garde d’enfants, avec les compagnies de transports scolaires, aménagements nécessaires, en trouvant le juste milieu entre équipement d’urgence et transformation structurelle du bâti scolaire, Dans le cadre du bilan de cette séquence, nous demandons que le protocole publié il y a quelques semaines soit enrichi et d’anticiper, dans le dialogue social, sur un possible épisode caniculaire à la rentrée. Le chantier est immense, et il ne peut plus attendre.
Tout comme la revalorisation des salaires et des carrières des personnels ne peut plus attendre ! A votre arrivée, vous aviez évoqué la reprise des textes examinés en CSAMEN au printemps 2025 sur les accélérations des milieux de carrière. Ces mesures représentent un début de revalorisation, même s’il est insuffisant, pour des personnels, les milieux de carrière qui ont été écartés de toutes les maigres mesures salariales depuis 10 ans. Cela conduit à une forme de déclassement salarial et social qui nourrit bien des frustrations et parfois des départs. Il est urgent que ces textes obtiennent les arbitrages nécessaires et qu’ils soient présentés dans le budget 2027. Nous sommes en pleine période d’affichage des avis pour les promotions hors classe et classe exceptionnelle pour les personnels enseignants, la FSU rappelle son attachement à la mise en place de barèmes permettant à tous·tes d’atteindre le dernier grade, à l’augmentation des taux de promotion pour la classe exceptionnelle et en alignant les taux de promotions du 2d degré sur ceux du 1er degré.
En cette fin d’année scolaire, c’est aussi l’heure des ajustements de rentrée. De nombreux retours confirment que les effectifs dans les classes restent très chargés et que les décisions prises par les DASEN ou les recteurs (fermetures de classes ou refus d’ouvertures) ne peuvent que dégrader ce qui est déjà très compliqué. Toujours dans la perspective d’économiser des moyens, dans les départements expérimentaux, on voit se profiler l’implantation de classe de CM2 voire CM1-CM2 au collège, à la rentrée, et ceci sans concertation préalable avec les OS. Le budget 2027 devra aussi largement contribuer à l’amélioration des conditions de travail et d’études en créant les moyens nécessaires. A ce titre, les retours des académies montrent l’annulation des suppressions d’emplois d’AED. Si cela est confirmé, c’est une bonne nouvelle, résultats de la mobilisation de toutes et tous, et notamment de la grève intersyndicale. Mais annuler les suppressions ne suffira pas : il y a urgence à créer des emplois d’AED et de CPE tant les vies scolaires sont sous tension, à l’heure où le climat scolaire est une de vos priorités.
Le budget 2027 devra aussi être celui de l’arbitrage pour la création d’un statut d’AESH. Le dernier GT a recentré la discussion du temps complet sur les missions existantes qui doivent être enfin reconnues mais pour qu’elles aboutissent, il est urgent d’avoir une idée de la trajectoire budgétaire de ce que pourrait être la création d’un corps d’AESH, avec une programmation pluriannuelle.
Nous réaffirmons notre revendication d’un corps de fonctionnaire de catégorie B et d’une augmentation des salaires. Nous approchons de la fin de l’année scolaire et il ne reste plus beaucoup de temps pour nous présenter le bilan des PAS qui nous avait été promis pour cette année. Nous réaffirmons notre opposition aux PAS qui n’ont, à ce stade, aucune existence législative solide et qui vont amplifier les problèmes posés par les PIAL : secteur étendu, affectations multiples, mutualisation à outrance, injonctions contraires, glissements de missions, accompagnements en saupoudrage et en-deçà des besoins des élèves.
Le budget 2027 devra aussi être celui d’une réelle revalorisation des personnels administratifs et techniques du ministère, de la prise en compte enfin de leurs métiers et missions rendant possibles au quotidien l’acte d’enseignement et éducatif. Ces personnels qui exercent en établissements et services occupent en majorité des emplois de catégorie C et B et sont donc largement concerné·es par la smicardisation actuelle de leur rémunération. Le plan 2021-2026 de requalification de la filière administrative s’achevant cette année, la FSU demande l’ouverture immédiate de discussions à ce sujet.
Monsieur le Ministre, le budget 2027 sera-t-il enfin celui de la santé des élèves, avec un plan massif de créations de postes infirmiers ? Actera-t-il la spécialité infirmière de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, sanctuarisée par la loi il y a un an ? Malgré vos annonces, aucune réunion de travail n’a été ouverte avec les organisations syndicales représentatives. Pire, des orientations défavorables persistent.
L’année 2027 est particulière à plus d’un titre. Mais il n’est pas possible de l’enjamber. Le budget devra donner des signaux clairs aux personnels.
Cette fin d’année confirme que le service public d’Education, tellement sous-doté, est dans un état de crise permanente et que le moindre évènement le met sous tension (neige, chaleur, virus, etc.). Au-delà des leçons à tirer après les épisodes caniculaires de cette année, il y en a une, primordiale : le service public d’Education doit être conforté et renforcé. Conforté dans son rôle, ses missions, et renforcé notamment par les moyens nécessaires pour accueillir tous les élèves, les faire réussir, grâce à des personnels revalorisés. C’est ainsi que la FSU appelle à la mobilisation dès la rentrée sous des formes diverses pour préparer et réussir la journée d’action fonction publique du 29 septembre pour la revalorisation des salaires.
