Monsieur le ministre,
Monsieur le président,
Madame la directrice,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil Supérieur de l’Education,
Tout d’abord, la FSU s’associe aux vœux déjà exprimés pour un retour rapide en France de nos collègues Cécile Kohler et Jacques Paris.
En ce début d’année 2026, la FSU tient à adresser ses vœux aux élèves, à leurs familles, ainsi qu’à l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Des vœux de réussites, de meilleures conditions de travail et d’étude, et d’un service public d’éducation renforcé, fidèle à ses missions d’émancipation, de justice sociale et de démocratie. Nos meilleurs vœux pour celles et ceux qui font vivre au quotidien le service public d’éducation, souvent au prix d’un engagement professionnel et personnel considérable.
Ces vœux ne peuvent toutefois être dissociés des inquiétudes profondes qui traversent aujourd’hui la communauté éducative. Ils se heurtent frontalement à la réalité vécue sur le terrain et aux choix politiques qui continuent d’affaiblir l’École publique. Car l’année 2026 s’ouvre sur un constat alarmant : jamais les personnels n’ont été aussi nombreux à exprimer leur lassitude, leur colère et parfois leur découragement.
La crise de recrutement n’est plus une alerte, elle est structurelle. Elle est le résultat direct de politiques menées depuis des années, qui ont dévalorisé les métiers, dégradé les conditions de travail et installé une précarité croissante au cœur même du service public. Une fois encore, aucune mesure de revalorisation n’est annoncée pour cette année. Dans le contexte d’une Ecole inclusive qui continue à se développer, les classes restent encore trop souvent surchargées pour réellement prendre en compte les besoins des élèves. Le recours accru aux personnels contractuels, les remplacements non assurés, les personnels malmenés, et les élèves privés des conditions nécessaires à leurs apprentissages fragilisent durablement le service public d’éducation.
La FSU dénonce avec force les choix budgétaires qui continuent à affaiblir l’Éducation nationale. Elle revendique de profiter de la baisse démographique dans le premier et second degrés pour, a minima, maintenir les emplois. Rappelons que la part du PIB consacrée au budget de l’éducation a baissé d’un point en 20 ans. La baisse démographique des années à venir est une occasion historique d’améliorer les conditions de travail et de rendre leur pouvoir d’agir aux personnels, dans le respect de leurs métiers et missions. L’Éducation nationale doit redevenir le 1er budget de l’État.
Derrière les discours d’affichage, ce sont des moyens en baisse, des suppressions de postes, des dotations contraintes et une gestion comptable des établissements qui s’imposent encore pour la rentrée 2026.
Cette politique met en concurrence les territoires sous le prétexte de mieux les prendre en compte, accentue les inégalités sociales et scolaires, et éloigne toujours davantage l’École de sa mission de justice et d’égalité. Votre refus d’ouvrir enfin le chantier d’actualisation de la carte d’éducation prioritaire révèle le choix politique de tourner le dos à une politique nationale de justice sociale basée sur des critères sociaux-scolaires. La France est pourtant l’un des pays où les inégalités sociales sont les plus corrélées aux inégalités scolaires.
Dans ce contexte, les réformes en cours ou annoncées continuent de susciter de fortes oppositions. Qu’il s’agisse de l’organisation du lycée et du baccalauréat, de la voie professionnelle, de l’évaluation des élèves, ou encore de la formation initiale et continue, la FSU dénonce une logique de pilotage par les résultats, par les indicateurs et par le contrôle, qui nie l’expertise des personnels, dégrade le sens du travail et fragilise les collectifs professionnels.
La question de l’inclusion scolaire reste également centrale. Si le principe d’une école accueillant tous les élèves est largement partagé, les moyens humains, matériels et de formation nécessaires font toujours défaut. Les AESH restent massivement précarisé·es et les équipes éducatives comme les familles sont laissées trop souvent seules face à des situations complexes. Les élèves concerné·es ne bénéficient pas des conditions auxquelles elles et ils ont droit. Cette situation n’est plus acceptable.
Par ailleurs, la FSU souhaite une fois encore exprimer une alerte face au développement accéléré des outils numériques, de l’intelligence artificielle dans l’éducation et des conséquences de l’exposition de plus en plus importante des jeunes aux écrans. Ces évolutions ne peuvent être pensées uniquement sous l’angle de l’innovation ou de l’optimisation. Elles posent des questions majeures en termes de santé mentale des jeunes, de conditions de travail, de protection des données, de liberté pédagogique, d’égalité d’accès et de finalités éducatives, sans parler de leur impact écologique. Introduites sans cadre clair, sans débat démocratique, et souvent sans formation suffisante, ces technologies accentuent déjà les inégalités, renforcent le contrôle du travail enseignant et transforment les finalités mêmes de l’éducation. Un débat démocratique approfondi, associant les personnels et leurs représentant·es, est indispensable. C’est le sens du vœu intersyndical et inter-associatif « Pour une éducation à un numérique raisonné » qui est proposé aujourd’hui au vote du CSE.
Enfin, dans un contexte social marqué par la montée des tensions, des inégalités et des discours réactionnaires, la FSU réaffirme avec force son attachement à une École publique laïque, émancipatrice et protectrice. Une École qui ne trie pas, qui n’exclut pas, qui ne se contente pas d’adapter la jeunesse aux exigences du marché, mais qui forme des citoyenn·es libres, critiques et éclairé·es.
Pour 2026, la FSU ne se contentera pas de vœux pieux. Elle exige un changement profond de cap : un investissement massif dans l’Éducation nationale, un plan ambitieux de formation, de recrutement et de revalorisation de tous les personnels, l’abandon des réformes délétères et l’ouverture d’un véritable dialogue social respectueux des métiers et de celles et ceux qui les exercent. Sans cela, les discours sur la priorité donnée à l’École resteront ce qu’ils sont aujourd’hui : des éléments de communications, en total décalage avec la réalité vécue par les personnels et les élèves.
Merci de votre attention.
